Chérif Habib Aïdara, pdt de l’Association des maires de Vélingara : « Il faut travailler dans la préservation pour sauver la forêt ! »

cherif habib aidaraLa Haute-Casamance est confrontée, elle aussi, à la coupe abusive de bois. Dans le département de Vélingara, les acteurs politiques ont saisi les enjeux de la préservation de la forêt. Président de l’association des maires du département de Vélingara, Chérif Habib Aïdara, maire de Bonconto et président de la commission Environnement, Ressources naturelles et Industries extractives, propose des alternatives. Entretien.

Le scandale de l’exploitation abusive de bois a conduit à la tragédie de Bofa dans le département de Ziguinchor. Mais vous aussi, à Vélingara, vous êtes confronté au même problème…
Permettez-moi de présenter mes condoléances les plus attristées aux familles des victimes de ceux qui ont péri dans cette tuerie, en tant que maire de Bonconto et membre du Haut conseil des collectivités territoriales, président de la Commission Environnement, ressources naturelles et industries extractives. Il y a quelques mois, en échangeant avec certains responsables, j’ai été choqué en découvrant la perception qu’ils avaient du problème. Là où je parlais d’exploitation abusive, ils me parlaient de réglementation. Bref, qu’il n’y avait pas de problème et que la coupe était réglementée. Là où je parlais de destruction de nos écosystèmes, ils me parlaient d’exploitation. Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde. Membre d’une famille religieuse aussi, nous sommes souvent interpellés dans le règlement des conflits ; ce qui nous permet d’être au courant des réalités locales. La destruction de notre écosystème est inquiétante, c’est pour cela que nous saluons la décision de son excellence, le président de la République, de suspendre les permis d’exploitation de toute coupe de bois dans les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. On sent la volonté de trouver une solution à ce problème. Les efforts que nous fournissons pour arrêter les trafiquants qui ont déjà coupé des arbres qui ont mis des décennies à grandir sont louables. C’est bien d’annoncer l’arrestation de X personnes, mais il faut agir en amont, dans la prévention. Saisir le bois déjà coupé, les charrettes, c’est bien, mais c’est le médecin après le mort, le mal est déjà fait. Nous proposons d’inverser les choses et de travailler dans la prévention, dans l’intérêt de tout le monde, exploitants et populations. Ensuite, il faut des projets alternatifs, proposer autre chose aux exploitants. Dans la commune de Bonconto, nous sommes sur un projet de développement durable alternatif qui coûtera un peu plus de 100 millions de FCfa.

Concrètement, quels sont ces projets verts ?
Nous travaillons avec des partenaires français pour la mise en place d’une pyrolyse permettant de valoriser les déchets en énergies et engrais organiques puis planter des espèces endémiques pour reboiser afin d’offrir aux populations une reconversion. Un des volets du projet sera l’équipement en bio-digesteur pour minorer l’utilisation du bois de chauffe. Avec la bouse produite par quatre vaches, il est possible d’obtenir de l’énergie nécessaire au besoin d’un foyer rural et que fournit habituellement le bois. Le troisième volet du projet alternatif est relatif à la création d’une ferme agricole de 100 hectares pour l’agro-écologie, 50 ha pour les femmes, 50 ha pour les jeunes.

Quels sont les écueils qui freinent cette transition ?
Il faut une plus grande fluidité entre les ministères et les collectivités locales pour la maîtrise des procédures, pour une plus grande communication sur les lois qui changent, les nouveaux règlements, les opportunités. Aujourd’hui, il y a beaucoup de mécanismes de financements verts à l’instar du Mécanisme de développement propre (Mdp). Le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Cameroun en bénéficient déjà. Donc, en résumé, il faut travailler dans la prévention et élaborer des propositions alternatives. Aujourd’hui, la forêt est assaillie aussi bien par les autochtones que par des gens d’ailleurs. Il sera difficile de régler le problème sans une solution alternative et c’est faisable.
Source: Le Soleil

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