Ile de Carabane : Un paradis menacé par la mer

Carabane embarcadère
L’île de Carabane, également appelée Karabane, se dévoile entre la mer et l’océan, à l’embouchure du fleuve Casamance, à l’extrême sud-ouest du Sénégal. Premier comptoir de la colonie française en Basse-Casamance, l’île, ballotée entre le fleuve et l’océan, est sous l’influence d’un micro climat particulier. Cet avantage comparatif naturel et les vestiges du passé, une église à l’architecture bretonne, les ruines du comptoir de commerce…, continuent d’attirer les touristes et des Sénégalais en quête d’ataraxie. Le village au paysage pittoresque défie le temps et non la mer. L’île est désormais plus que menacée par l’avancée de la mer.
Après une nuit de navigation, le bateau Aline Sitoé Diatta sort de l’obscurité. Il est à plusieurs kilomètres du port de Dakar et à quelques kilomètres des portes de l’embouchure du fleuve Casamance. L’ambiance reprend à bord. Le speaker, une demoiselle, délivre le message : « Bientôt nous atteindrons l’île de Carabane. Mais pour le moment, vous avez à votre droite la pointe de Saint Georges ». Des passagers sortent des cabines. Ils se précipitent vers le restaurant. D’autres échangent, de façon détendue, dans les couloirs. Le restaurant est envahi par des Sénégalais, des Guinéens, des touristes français, espagnols, allemands et suisses. Les deux ponts se remplissent. Appuyés sur les garde-fous, avec des appareils de photographies et des téléphones portables, tout le monde capte les paysages pittoresques de la perle des îles fluviales et maritimes.

Le navire vogue. L’île de Carabane se dévoile. Sur le trait de côte, des cocotiers cinquantenaires, voire centenaires, sont penchés, offrant une ligne d’inclinaison entre la terre et la mer. Personne ne sait pour combien de temps ces cocotiers tiendront sur l’île. En bas, des vagues déferlent et s’écrasent sur la digue frontale. Un mur en béton protège l’île sur sa partie où le port est aménagé. Derrière le trait de côte, des restaurants et des campements disputent la bande de sable avec les cases rondes, des édifices coloniaux… Les maisons aux toitures en tuiles et à l’architecture bretonne contrastent avec les habitations rondes.

Carabane porte encore son passé plus ou moins lointain. C’est aussi son avantage comparatif par rapport à Saint Gorges, l’île de Djogué. Au loin, de grands édifices coloniaux défient le temps et fixent les visiteurs dans le passé.

L’architecture des autochtones offre d’autres angles de cartes postales. Lorsque la « reine de Cabrousse » accosta, une vingtaine de touristes quittèrent le navire. Les sacs sur le dos et les mains tenant des mallettes, ils se dirigent vers l’île à travers le pont. Carabane viendrait du portugais Casa et Kaban (là où fissent des maisons) ou encore Karabané qui peut être traduit par « ceux qui parlent beaucoup » en Wolof en référence aux autochtones diolas. Le Karabane avec K est revendiqué à la fois en langues Diolas et Wolof.

Patrimoine de l’Unesco
Mais la toponymie qui colle plus à la réalité géographique reste celle de là où les maisons fissent : celle d’origine latine. Couvrant une superficie de 57 Km2, Carabane est la principale et dernière île dans l’embouchure du fleuve Casamance en faisant cap vers Ziguinchor. Ballotée entre le climat maritime et fluvial, l’île, peuplée en majorité par des Diolas, fut le premier comptoir des Français en Basse-Casamance. Ici, les autochtones avaient célébré une véritable civilisation du riz. En saison sèche, l’exploitation du palmier à huile (Elaeis guineensis) pour la production de l’huile et du vin fait partie des activités complémentaires.

En arrière-plan de la ligne de rive et entre les cases et les paillotes, de gros fromagers déploient leurs branches comme pour protéger les habitations de l’intrusion des rayons du soleil. Ce n’est pas pour rien que les colonisateurs ont établi leurs premiers comptoirs en Basse-Casamance. Carabane est un paradis terrestre coincé entre le fleuve et l’océan. « Ce n’est pas la première fois que je visite la Casamance. Je suis marquée par mon passage à Carabane. Je ne sais pas pourquoi. C’est un endroit qui a quelque chose de particulier », décrit Marise, une touriste française en partance pour le village touristique d’Adéane. A Carabane, l’architecture de l’église, la tombe du capitaine Protet, enterré debout, ou encore les comptoirs en ruines sont des images à vendre. L’île est classée au patrimoine national. Mais les résidents veulent l’inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco. Elle présente des avantages et des atouts. « Je voulais faire de cette île une sorte de Gorée de la Casamance, qui aurait servi de plaque tournante pour les autres campements. On aurait pu aller d’île en île en voilier ou en pirogue. On aurait restauré les vieilles bâtisses à l’ancienne et les lits à baldaquin. D’un côté, il y aurait eu l’ethnographie traditionnelle avec les cases d’argile, de l’autre, Carabane restaurée comme autrefois », rapportait le sociologue français Christian Saglio.

Les pirogues amarrées flottent sur les roulements des vagues. A 7 heures, certains pêcheurs rentrent au quai. D’autres partent avec la rame à pagaie. Les habitants doivent remercier le ciel. Ils ont tout pour vivre de la riziculture et de la pêche. L’inaccessibilité et la faible densité ont des retombées sur la protection des ressources. « C’est une belle île où il fait bon vivre », exalte Badou Thiam, habitant de cette île sans voiture ni moto.

Sanctuaire de la biodiversité
De formation récente sur l’échelle géologique, ce village de l’extrême sud-ouest du Sénégal est bâti sur un banc de sable et d’alluvions. La bande se rétrécit sous le harcèlement sans relâche des vagues. Si rien n’est fait, la dernière bande de sable du littoral pourrait disparaître dans un futur proche. A Carabane, le continent s’érode. La perte des sédiments n’a pas commencé hier. En 1849, la maison du gouverneur a été délocalisée avant d’être aménagée un peu en retrait. Aujourd’hui, ce site est couvert par des eaux y compris en marée basse. « L’eau est à moins de 5 mètres de plusieurs campements. Il y a des restaurants qui sont dans l’eau. L’avancée de la mer risque de perturber la quiétude de l’île », confesse Badou Thiam.

Lorsque l’on sorte de l’île et que l’on fasse cap sur Ziguinchor, les peuplements de mangroves colonisent les berges des bolongs. Au passage, six espèces sont recensées de Saint-Louis à Casamance : Avicennia africana, Rhizophora racemosa, Rhizophora mangle, Rhizophora harrisonii, Laguncularia racemosa et Conocarpus erectus. Au passage des pirogues à moteur et des embarcations motorisées, comme ce navire militaire en partance vers Elinkine, des oiseaux marins s’envolent de l’eau, d’autres se reposent sur les cimes des palétuviers ou continuent leur vol plané avant de se reposer. Ces formations arbustives sont une barrière naturelle contre l’avancée de la langue salée. Leur présence prolonge, au fil des siècles, des activités comme la riziculture, l’exploitation du vin et de l’huile de palme. Aujourd’hui, il faut une mobilisation nationale et internationale pour préserver ce haut lieu de concentration de la biodiversité.
Source: Le Soleil

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