Sénégal (France), le pétrole cet inconnu

ASSOUAGrâce à la découverte de pétrole offshore et gaz naturel jugée significative, le Sénégal sera vraisemblablement membre de l’Opep dans un avenir proche. Cette découverte est considérée comme le plus important gisement en Afrique de l’Ouest, constitué au moins d’une large structure répartie de part et d’autre de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, réserves estimées à 450 milliards de m3 ; d’une autre réserve pouvant dépasser 2,7 milliards de barils sur le bloc de Sangomar Offshore Profond (Cairn Energy), sans compter au large de la Casamance, de Cayar et de Saint-Louis.

Le Sénégal émergent est une réalité, me diriez-vous!

Au moment où beaucoup de pays commencent à sortir de l’économie du tout pétrole, les pays qui ont basé leur économie sur les énergies fossiles subissent de plein fouet les revers de cette politique avec le coût du baril à la baisse (sous le seuil des 30 $). Même si la comparaison est complexe, il est intéressant de suivre les trajectoires de quelques pays producteurs de pétrole avec des réserves importantes. Ce qui permet d’avoir un regard sur leur indépendance énergétique et sur les profits qu’ils peuvent tirer de leurs réserves tout en (s’) imposant un minimum de contraintes environnementales.
La Norvège, 20eme puissance pétrolière et 16eme producteur de gaz naturel, tire 99% de l’électricité consommée de l’énergie hydroélectrique, 29 % – voire 50 % dans certaines villes – des voitures vendues sont électriques ; pour 2025, le parc automobile sera 100% électrique. Le Venezuela, première réserve mondiale de pétrole et quatrième de gaz naturel, est passé en 3 ans d’un taux de croissance de 5,6% à -8%. Dans la même lancée, le Nigeria, première puissance pétrolière d’Afrique, affichait un taux de croissance de 8,2 % en 2006 pour atteindre 2,7% en 2015.
Le Sénégal vient de signer avec Total un accord portant sur la recherche et l’exploitation du pétrole Offshore, plus précisément au large de Rufisque et une exploration dans une autre zone… “Un plus” pour le Sénégal, d’après le président de la république, alors que 90% des parts reviennent à Total et 10 % pour Petrosen (pas nécessairement le Sénégal) avec à la clé le limogeage, le jour de la signature du contrat, du ministre sénégalais de l’Energie et du Développement des Energies Renouvelables.

D’après l’ancien chef de gouvernement français (Manuel Valls), en visite officielle à Dakar, “le pétrole découvert au Sénégal intéresse la France”. Cette découverte aura au moins permis au président François Hollande de s’engager à faciliter l’octroi de la nationalité française aux tirailleurs sénégalais, qui se comptent aujourd’hui du bout des doigts, alors qu’ils ont trimé durant des décennies pour une pension à hauteur de celle de leurs congénères français. En retour, pour le président Macky Sall, la perspective d’une intervention de Total dans l’exploitation du pétrole Offshore sénégalais est un point positif. Faut-il dès lors espérer que Total se soucie du sort des pécheurs qui vivent dans la zone de Rufisque-Bargny jusqu’à Cayar, et éventuellement ceux des Îles de Diogué, Karabane ou Nikine?

Une grande partie de la population Sénégalaise vit en effet de la pêche : 70% des apports nutritionnels en protéines animales. Ce secteur occupe également la première place des exportations avec 20,87 %, malgré la surpêche des bateaux chinois, russes, japonais et de l’UE qui cause beaucoup de dégâts économiques et écologiques. L’inexistence de structures de surveillance des eaux territoriales et de contrôle, sauf quand Greenpeace s’en charge, renforce le non respect des licences de pêche. Malheureusement, la grande majorité des jeunes qui risquent leur vie pour rallier l’Europe en pirogues viennent de ces zones.
Pour aborder le sujet autrement, le golfe du Mexique en 2010, le golfe de Bohai en 2011, la plateforme Kulluk au large de l’Alaska en 2012, la pollution chronique des côtes ouest-africaines sont tous des accidents survenus dans des exploitations pétrolières et gazières offshore ces dernières années, causant d’importants dégâts environnementaux qui affectent bien souvent les populations côtières. Les côtes sénégalaises seront-elles épargnées?
La zone de Rufisque fait déjà partie des zones les plus polluées du Sénégal avec les émissions des cimenteries et autres déchetteries à ciel ouvert. En dehors de contenu du contrat, une exploitation pétrolière au large de cette ville constitue un risque non négligeable pouvant engendrer des dégâts environnementaux et des pertes économiques considérables. À l’heure actuelle, le Sénégal ne dispose d’aucun moyen face à une éventuelle catastrophe écologique (marées noires, pollutions) ou au moins de sanctionner les responsables, surtout qu’en dépit des risques, le secteur est très peu réglementé, notamment à l’échelle internationale.

Ce contrat est attribué sans la moindre consultation ni information sur les dangers pour Rufisque et les villes environnantes dont Dakar et ses plus de trois millions d’habitants, Thiès et Mbour. D’autre part, une politique énergétique responsable impose de trouver des réponses aux questions d’une gestion durable des ressources avant la signature des contrats d’exploitation. Cela passe également par la formation de compétences locales pour l’exploration et l’exploitation, afin d’éviter la ghettoïsation observée dans les pays pétroliers (Africains en particulier) avec une économie parallèle d’immigrés temporaires dotés de moyens colossaux qui ne profitent pas à la population locale.
Une stratégie durable aurait également été d’investir dans la formation et l’éducation sur les énergies du futur et la maîtrise de la transition énergétique dans un premier temps. L’Etat du Sénégal pourrait également obtenir des accords d’exploitations gagnant-gagnant avec Total et/ou toute autre compagnie pétrolière avec une stratégie de transfert de compétences permettant d’avoir des effectifs d’exploitation avec un pourcentage raisonnable d’acteurs locaux, conscients des risques. Ce qui permet une réelle lutte contre le chômage, l’immigration clandestine, les inégalités sociales et économiques. Renforcer les dispositifs de contrôle et de protection des ressources et de l’environnement. Malheureusement, sans une réflexion approfondie sur ces solutions, le Sénégal n’est pas prêt de voir baisser la pauvreté et le taux d’immigration vers l’Europe, et n’est pas non plus à l’abri d’une catastrophe environnementale. Même si le modèle économique basé sur le taux de croissance a montré ses limites, il serait intéressant de suivre le taux de croissance, en progression stable de 2006 en 2016 2,5% à 6%, avec un minimum de 1,8% en 2011 et un maximum de 6,5% en 2015 pour voir l’effet pétrole sur l’économie.
Dimitri Manga  » ASSOUA » (http://avis-d-assoua.blogspot.fr)

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